Qu’en est-il de la Bida’a (innovation)

Bismi Allahi Ar-rahmâni ar-rahîm


Au travers de cet article nous allons aborder un sujet qui fait tant polémique entre les musulmans de tradition sunnite et les musulmans « salafi(st)es ».
Ce sujet pourrait être abordé de plusieurs angles différents mais notre interrogation se portera globalement sur la question suivante :« Existe-t-il de bonnes bida’a ? ».

Pour les musulmans d’obédiences sunnites la réponse est tout simplement oui.

Pour les autres, la réponse est non.
Puisque la neutralité n’existe pas, je vais ici donner mon point de vue, qui se trouve être en faveur de la bonne bida’a.

Avant de traiter le sujet en le soumettant au prisme du Qur’ân et de la sunna, nous pourrions essayer de réfléchir à plusieurs points :
Les musulmans sont comme les juifs, c’est-à-dire qu’ils évoluent dans un contexte où chaque chose est soumise au regard de Dieu concernant la validité d’un acte, d’une pensée (mettre extrait). C’est ce que l’on appelle la loi temporelle.
Ainsi les actes et les pensées ont un statut.

Prenons les actes puisqu’ici c’est le sujet qui sera traité, incha’Allah.
En matière de fiqh, un acte peut être halal ou mubah (permis ou licite), Haram (interdit) ou encore fard (obligatoire), mandub/mustahab (conseillé/méritoire) ou makruh (déconseillé). En sachant qu’en Islam la règle générale est que tout est licite jusqu’à ce qu’une chose claire invalide sa licéité.
Pour citer des exemples concrets : le vol ou encore l’usure sont interdits, la prière est obligatoire, manger du poisson est permis etc.

La bida’a selon les salafistes se manifeste par le fait de faire une chose que n’aurait jamais faite le prophète (صلى الله عليه وسلم) et puisque cette dernière, toujours selon eux, est interdite, celui qui fait une chose que le prophète (صلى الله عليه وسلم) n’a pas faite commet des lors un péché, une chose interdite.
La question que l’on pourrait se poser est la suivante :

Notre prophète Mohammed (صلى الله عليه وسلم) as-t-il fait tout ce qui est permis sur cette terre ?

Nous allons maintenant prendre l’argument principal évoqué par certains de nos frères afin d’interdire l’innovation :
« Toute nouveauté (kullu muhdathatin) est une innovation (bida`a), et toute innovation est égarement (dalâla). » (Rapporté par Mouslim)
Dans une version de ce hadith rapportée par l’Imam Ahmed dans son Mousnad :

« Prenez garde aux innovations, car toute innovation est un égarement. »

D’après Aïsha (qu’Allah soit satisfait d’elle), le prophète (صلى الله عليه وسلم) a dit :

« Quiconque innove dans notre religion-ci une chose qui n’en fait pas partie verra son innovation rejetée. » (Rapporté par Boukhari et Mouslim).

Ou encore : « Méfiez vous de ce qui est innové ! Certes, toute innovation est une bida’a et toute bida’a est une déviation. » [Hadith rapporté par Abou Dawoud, at-Tirmidhy, Ibn Mâjah].


Aussi il faut se rappeler d’un élément capital, Le prophète (
صلى الله عليه وسلم) parlait en langue arabe. Langue révélée par le Qur’ân et il faut donc s’appuyer également sur le Qur’ân pour en saisir le sens.
Ainsi en langue arabe « le tout » peut être soit restreint soit absolu :
« C’est un vent qui contient un châtiment douloureux qui détruit tout par ordre de Son Seigneur puis le lendemain, on ne voyait plus que leurs demeures. » (Sourate 46, verset 24/25)
Si le châtiment avait tout détruit alors il aurait également détruit les maisons.
« Pour ce qui est de la barque, elle appartenait à de pauvres gens qui travaillaient en mer. J’ai voulu lui donner l’apparence d’être défectueuse, parce que derrière eux il y avait un roi qui s’emparait de toute embarcation et l’usurpait. » (Sourate 18, verset 79)
Si le roi prenait toutes les embarcations alors ils prendraient également celles qui n’était pas en bon état, or ici ce n’est pas le cas.

Si on pousse le raisonnement plus loin…
« Vous serez vraiment, vous et ce que vous adorez en dehors de Dieu, le combustible de l’Enfer. » (Sourate 21, verset 98)
Assurément, les chrétiens adorant Issa (alayhi Salam) ainsi que que sa mère Maryam iront en enfer seuls. Il est impensable de se dire qu’Issa (alayhi Salam) et Maryam iront en enfer avec ces gens-là.

On peut également extraire cela des paroles du prophète (صلى الله عليه وسلم) :
Le prophète (
صلى الله عليه وسلم) a dit : « Soignez-vous en utilisant la graine de nigelle, c’est un remède contre toutes les maladies à l’exception de la mort. » (Rapporté par Mouslim)

L’imam An-Nawawi (qui est le commentateur le plus connu de sahih al Muslim) dans ce commentaire nous informe ici que le terme « toutes » signifie « de nombreuses ».

Ainsi les principaux savants de l’Islam indiquent que la bida’a est blâmable dès lors qu’elle va à l’encontre d’un élément du Qur’ân, de la Sunna, de la pratique des Compagnons (athar) ou du Consensus (ijmâ’).

Cette innovation est bonne dès lors qu’elle ne contredit en rien ce qui a été mentionné ci-dessus.
Dès lors nous pouvons comprendre que le prophète (
صلى الله عليه وسلم) parlait des innovations qui n’étaient pas conforment/qui s’opposaient à la Shari’a.
Ainsi nous avons plusieurs exemples et plusieurs ahadith appuyant le fait que la bida’a est bonne et qu’elle a même été pratiqué par certains compagnons :
Nous avons le très célèbre hadith de Omar concernant la prière de Tarawih où il rappelle que la prière en congrégation est une bonne innovation.
En outre nous avons un autre hadith qui nous indique :
Jarîr Ibn `Abdullâh (qu’Allâh l’agrée) a dit : « Nous étions au beau milieu de la journée chez le Messager d’Allah (
صلى الله عليه وسلم) quand vinrent à lui des gens n’ayant pour vêtements qu’une couverture de laine ayant un trou par où passait leur tête. Ils portaient des sabres en bandoulière et la plupart d’entre eux, ou plutôt tous, étaient de la tribu de Moudar (l’une des plus nobles tribus arabes et à laquelle appartenait le prophète (صلى الله عليه وسلم). Le mécontentement parut alors sur le visage du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) du fait de leur pauvreté extrême. Il entra chez lui puis en ressortit et dit à Bilâl de faire les deux appels à la prière. Il pria avec les gens puis leur adressa ce sermon : « Ô gens ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés à partir d’un seul et même souffle vital. Il lui en crée sa propre épouse et Il dissémina à partir d’eux des hommes en grand nombre et des femmes ainsi que les matrices (les liens de parenté) car Allah vous observe en permanence » (S4.V1). Puis il récita cet autre verset qui se trouve à la fin de la Sourate 59 (le Grand rassemblement) : « Ô vous qui avez cru ! Craignez pieusement Allah et que chaque être voie bien ce qu’il a avancé pour demain » (S59.V18). Que l’un de vous fasse aumône de son dinar, de son dirham, de ses vêtements, de sa poignée de blé, de sa poignée de dattes jusqu’à ce qu’il dise : « Même d’un morceau de datte ».

Quelqu’un des Ansâr (les premiers habitants de Médine) ont apporté une bourse qui faillit remplir la main du prophète (صلى الله عليه وسلم) ou qui la remplit de fait. Puis les gens défilèrent avec leurs aumônes si bien que je vis deux tas d’aliments et de vêtements. Je vis alors le visage du Messager d’Allah (لى الله عليه وسلم) resplendir de joie et il dit : « Celui qui institue en Islam une bonne coutume (Sunna hasana), a sa récompense et celle de tous ceux qui agissent selon elle auprès de lui, sans que cela diminue rien de leur propre salaire. De même que celui qui institue en Islam une mauvaise coutume en supporte le péché ainsi que celui de tous ceux qui agissent après lui selon cette coutume sans rien diminuer de leur propre péché. » (Rapporté par Muslim)

Ainsi nous avons bon nombres de traces d’innovations favorables constituant le patrimoine islamique :
La ponctuation dans le Qur’ân, écrire « sallalahou aleyhi wa salam » lorsqu’on écrit le nom du prophète (chose que le prophète (صلى الله عليه وسلم) ne faisait pas lorsqu’il envoyait ses lettres), la prière de Tarawih à la mosquée, le 2ème appel a la prière instauré le vendredi par le compagnon Othman, l’apprentissage de la science dans des universités, ou encore les concours de mémorisation/récitation du Qur’ân…
Ainsi concernant la pratique même de certains compagnons, le prophète

(صلى الله عليه وسلم) les a laissé innover en matière de religion et a accepté leurs actes cultuels jamais pratiqué auparavant par notre noble Messager (صلى الله عليه وسلم).

Dans un hadith authentique rapporté par al Bukhârî et Muslim et cité par l’Imâm al Nawawî dans Riyad al Salihîn :

Abû Hurayra (qu’Allâh l’agrée) rapporte que le (صلى الله عليه وسلم) demanda un jour à Bilâl : « Ô Bilâl parle moi de l’œuvre que tu as accomplie depuis que tu es musulman et grâce à laquelle tu espères le plus de récompenses car j’ai entendu le bruit de tes pas me précédant au Paradis. » Bilâl (qu’Allâh l’agrée) répondit : « L’œuvre que j’ai accomplie depuis que je suis musulman et dont j’espère le plus de récompenses, est la suivante : chaque fois que je fais mes ablutions, de nuit comme de jour, j’accomplis, de suite, le plus grand nombre de prières. »

il y a bon nombre de hadith rapporté par L’Imam an nawawi dans Kitâb al Adhkâr :
« Nous extrayons des « Sunans » d’Abû Dawûd et d’après une chaîne de transmetteurs fiables, ces propos du prophète (صلى الله عليه وسلم) transmis par Abû Sâlih Dhakwân, qui les tenait de certains Compagnons du prophète (صلى الله عليه وسلم) – qu’Allâh les agrée – : « Le prophète (صلى الله عليه وسلم) demanda à un homme : Que récites-tu dans ta prière ? Celui-ci répondit : Je lis le tashahud, puis j’ajoute ceci : Seigneur, je Te demande le Paradis et je Te demande de me préserver de l’Enfer. En dehors de cela, je sais inventer de paroles intelligibles [c’est-à-dire inventer des paroles dont le sens échappe au commun des mortels comme moi] semblables aux tiennes ou à celles de Mu`âdh. Le prophète (صلى الله عليه وسلم) lui dit alors : Mais invente donc des paroles sur ce thème [le Paradis et l’Enfer] ! »

Ailleurs dans le même ouvrage on lit :

« Nous rapportons des « Sunans » d’Abû Dâwûd, de Tirmidhî, de Nasâ-î et d’ibn Mâjah, ces propos de Burayda – qu’Allâh soit satisfait de lui – : « L’Envoyé d’Allâh (sallallâhu `alayhi wa sallam) entendit un homme invoquer Allâh [en ces termes] : Ô Allâh, je te demande en vertu de mon témoignage que Tu es Dieu et qu’il n’y a d’autre dieu que Toi, l’Unique qui se suffit à Lui-Même, qui n’a pas engendré et n’a pas été engendré et qui n’a aucun égal.

Le prophète (صلى الله عليه وسلم) lui dit alors : Tu as imploré Allâh – exalté soit-Il – en invoquant le Nom par lequel Il donne à qui Lui demande et exauce qui l’invoque. »

Dans une autre version on trouve ceci : « Tu as invoqué Allâh – exalté soit-Il – en usant de Son Nom Suprême. » Tirmidhî tient ce hadith pour fiable.

Nous rapportons des « Sunans » d’Abû Dâwûd et de Nasâ-î : « Anas – qu’Allâh soit satisfait de lui – était assis aux côtés du prophète (صلى الله عليه وسلم) tandis qu’un homme faisait sa prière ; [après l’avoir terminée], il fit cette invocation : Ô Allâh, je Te demande en vertu de la louange qui T’appartient ; il n’est de dieu que Toi, le Bienfaiteur, Créateur des cieux et de la terre, Celui qui est emprunt de Majesté et de Générosité, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-Même ! En l’entendant, le prophète

(صلى الله عليه وسلم) dit : Il vient d’invoquer Allâh – exalté soit-Il – par Son Nom sublime (`adhîm), celui par lequel Il exauce (les invocations) et accède [à la requête] de celui qui Lui adresse une demande. »

Al-Boukhârî rapporte dans son sahîh : « Rifâ`ah Ibn Râfi` az-Zarqî a dit : Nous étions un jour en train de faire la prière dirigés par le prophète

(صلى الله عليه وسلم), quand il a levé sa tête de l’inclination, il a dit : « Sami`allâhou liman hamidah », un homme derrière lui a dit : « Rabbanâ wa laka l-hamd, hamdan kathîran tayyiban moubârakan fih ». Quand il a finit la prière et qu’il s’apprêtait à partir, le prophète (صلى الله عليه وسلم) a dit : من المتكلم , ce qui signifie : « Qui est celui qui a parlé ? ». il a dit : « C’est moi ». Le prophète (صلى الله عليه وسلم) a dit :بضعة و ثلثين ملكا يبتجرو بها أيهم يكتبها أول , ce qui signifie : « J’ai vu plus de trente anges qui se précipitaient à qui d’entre eux l’écrirait le premier ».

Ibnou Hajar al-`Asqalânî a dit dans Fathou l-Bârî (tome 2, page 287) en commentaire de ce hadîth : « On a pris ce hadîth pour preuve qu’il est permis d’innover dans la prière une évocation qui n’a pas été rapporté du prophète (صلى الله عليه وسلم) si elle ne contredit pas ce qui est rapporté du prophète (صلى الله عليه وسلم) ».

Certains essaient de justifier le fait que certains compagnons auraient usé de bida’a car ils connaissaient le prophète (صلى الله عليه وسلم) et savaient ce qu’ils pourraient interdire ou non et qu’ils n’auraient jamais fait un acte qui serait interdit par le prophète (صلى الله عليه وسلم).

Ici de manière maladroite ces personnes admettent que les compagnons et les suiveurs ont fait la bida’a , implicitement, ils admettent qu’elle est autorisée sous certaine condition et déplace la problématique vers la question suivante «  Qui peut instaurer décider qu’une bida’a est bonne ? »

Nous avons vu par le Qur’ân et les Ahadith que le prophète (صلى الله عليه وسلم) a légitimé les innovations, nous avons eu des récits de certains compagnons l’acceptant et pour finir l’écrasante majorité des savants de l’Islam, qu’ils soient de renom ou pas ont tous accepté l’innovation qu’ils classaient soit en 2 ou 5 catégories : Bonne ou Mauvaise + obligatoire, recommandée, déconseillée, ou interdite. Que ce soit des descendants direct du prophète (صلى الله عليه وسلم), les 4 grands imams ou encore des savants issues des écoles…

Wa Allah wa al’em

Qu’allah azawajel nous guide et qu’il nous fasse miséricorde, Amin

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